
SOUS LES PAVÉS LA PLAGE
par Richard Bellia - Magazine Festivals 2008
Dans un monde des festivals qui donne parfois l’impression de s’uniformiser, la Route du Rock de Saint Malo est un rassemblement « à part ». Pourquoi ? Simple. Parce que les organisateurs n’aiment pas toutes les musiques, et de loin. Portrait d’un festival qui laisse parler son cœur et qui n’en fait qu’à sa tête.
Savoir à quoi ressemblent les organisateurs peut aider à comprendre un festival. Approchons-nous avec une loupe pour observer les deux Bretons qui dirigent la Route du Rock. Physiquement, ils sont assez différents : l’un est assez svelte, alors que l’autre l’est un peu moins. De prime abord, ils sont sympas (même si ça reste des Bretons, hein), ils parlent de musique toute la journée, et depuis dix-huit ans, ils font de la résistance dans un coin de paradis à deux pas de la plage. L’évidence saute alors à nos yeux : Messieurs Floret et Coutoux sont les Astérix et Obélix du rock français ! A contre courant du business, en dépit des sémaphores, ils programment chaque année leurs coups de cœur, oscillant entre pop et électro.
Savoir à quoi ressemble le public peut également aider à comprendre un festival. Approchons-nous du péage à la sortie de Rennes. Tiens, une bagnole pleine d’étudiants à la cool. Observons de plus près : Ils ont un truc à la Sigur Ros dans l’auto radio et sont polis avec la dame du péage. Une fille lit les Inrocks avec les pieds nus sur le tableau de bord, tandis qu’un mec derrière lit un article sur le foot anglais dans l’Equipe, une main dans le bermuda. Pas de doute, ils y vont ! La route du Rock, c’est leur sortie de l’été, le reste du temps, ils font des études au nom bizarre. Ça y est le péage est passé. Dans une heure mon second (les festivaliers à la cool) va rentrer dans mon premier (le festival).
Étudier la topographie des lieux permet aussi de comprendre un festival. A la Route du Rock, les choses commencent en douceur au bord de la mer en début d’après midi : Un mec qui joue du Radiohead sur un piano à queue, le truc hype de la rentrée, que sais-je… dans tous les cas, l’expression bronzer intelligent prend ici toute sa dimension. 17 H, changement de lieu. Direction le Palais du Grand Large. Là sont programmés des petites formations folk intimiste ou de l’électronique apaisée, occasion de se prendre une seconde couche de miel dans les oreilles. Détail important, le lieu est équipé de larges fauteuils, ce qui est bien appréciable, surtout quand on a plein de sable dans le slip de bain (garçons ou filles, nous sommes égaux face à ce problème. Faut le savoir). 20 H, finis les hors d’œuvre, c’est l’heure de la grosse commission, direction Saint Père. Là, dans un fort du XVIe siècle, la Route du Rock fait son show et propose sept heures de musique un poil plus musclée. Ça dure trois jours comme ça.
Ah voilà, on comprend mieux maintenant : La Route du Rock n’est ni plus ni moins qu’une histoire d’amour comme on n’en connaît qu’en été. Avec de la musique, de l’air iodé et des sourires complices. Dix-huit années d’amour sans nuage, c’est possible ? Non, bien sûr. Il est déjà arrivé que la Route dérape. Quand on aime trop, on aime mal. Et les programmateurs, en invitant parfois des jeunes groupes qui n’étaient pas prêts, ont dû connaître une sensation proche de l’éjaculation précoce. Dans ces rares cas de ratage manifeste, on s’est tous allongé sur le dos et on a regardé le ciel en attendant que ça passe :
« Ooooops, c’est pas ce que j’avais prévu, disaient-ils.
- C’est pas grave, on t’aime quand même, ça va passer, n’y pense pas trop, répondait-on affectueusement. »
D’autant que, pour un coup foiré, combien de saillies glorieuses ? Sonic Youth en 2007 ! Placebo en 96 ! The Cure en 2005 ! Ça fait du bien rien qu’à l’écrire.
Et aujourd’hui qu’il atteint sa majorité, où en est le festival malouin ? Toujours pareil. Toujours prêt à miser des billes sur des découvertes, fouinant inlassablement, et courant après l’équilibre, tant artistique que financier. Et puis le festival a fait un petit aussi. Depuis trois ans, la « collection hivernale » de la Route du Rock se tient en février, essentiellement destinée aux fans hard core qui ne peuvent tenir un an sans leur dose. Le festival organise également des « Route du Rock Sessions » toute l’année dans un axe Rennes / Nantes, et a créé « Art Booking », structure de tour qui accompagne les jeunes groupes découverts au festival. L’amour, toujours.
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LA TÊTE DANS LES NUAGES ET LES PIEDS DANS L'EAU
par Richard Bellia - Magazine Festivals 2007
Ancré dans la pop, mais capable de naviguer entre rock et électro, le festival breton reste curieux, exigeant et décontracté. Présentation.
Faisons connaissance avec ce petit festival à l’esprit si particulier qu’est la Route du Rock. Décidons, dans l’ordre, d’examiner le lieu, le temps et l’action. C’est vrai ça, ceux qui le connaissent l’aiment d’amour ce festival, mais ceux qui n’y ont jamais mis les pieds, faut bien leur expliquer de manière simple, non ? Oui ? Alors en route.
Quand tu es à Rennes, tu montes vers Saint-Malo, c’est facile, c’est fléché. Là, tu files tout droit plein nord. A un moment, il y a un panneau qui dit « Saint-Malo, son tas de pierres, ses fruits de mer, ses Bretons sympas tant qu’on les cherche pas trop, 5 kilomètres », tu prends à droite. T’y es. Il y a de la verdure, ça sent l’iode et il y a un fort assez maousse en face de toi. « Mais comment on rentre la dedans ? Ça a l’air compliqué ? », tu-te dis. T’inquiète, c’est normal. Les envahisseurs anglais aussi se sont posés plusieurs fois la question, et ils se sont pris des gros râteaux à répétition. Pendant six cents ans, pour être précis. Bon depuis, ça s’est calmé, il y a désormais une porte d’entrée et même – oh ! ironie de l’histoire – quelques Anglais qui cuisent au soleil à l’intérieur du fort. Musiciens, festivaliers ? Difficile de trancher. Faut dire qu’à la route du Rock, tout le monde a grosso modo la même allure. Décontracté, avec les yeux grands ouverts. La tronche du mec qui n’est pas habitué à tant de bonheur, et qui se dit que ça va durer trois jours. Voilà le genre.
Ça fait dix sept ans que ça dure cette histoire. Et ça s’organise à peu près comme ça. Le matin, tu fais rien, tu profites. Début d’après midi, ça se passe sur la plage. Fin d’après midi, un crochet par le Palais du Grand Large, juste à côté (« oh, c’est pratique » tu t’entends dire), et le soir, tout le monde se retrouve dans le fort, bien content d’écouter encore et toujours de la bonne musique. Et c’est vrai que ça a son importance la musique à la Route du Rock. Sans ce festival exigeant, Saint-Malo, ça ne serait que ce que c’est en vrai : une petite ville pittoresque où l’on se fait un peu chier le soir.
Parlons maintenant du contenu : à la Route du Rock, nous trouvons de la musique intéressante, des découvertes, des stands de disquaires indépendants, une tente dédicace et des Djs qui mixent entre les concerts. Gavée de musique ? Oui, exactement, et dans des conditions magnifiques. De fait, la route du Rock réunit cette population amoureuse de pop et d’électro bien sentie. Des gens qui ont l’amour de la nouveauté vissée à l’âme. Et c’est une joie de constater que cette population sait se tenir. La Route du Rock est donc un festival dans l’acceptation noble du terme : un endroit où une population curieuse se réunit et se marre.